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Présentation

  • : Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71)
  • Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71)
  • : Collectif d'après Fukushima, contre le nucléaire et son monde.
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Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire

Chemin des Clos

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 14:48

 

À mon avis, les moments les plus marquants de la lutte antinucléaire française après Fukushima se sont déroulés en automne 2011 où une trentaine de milliers de personnes sont descendues dans la rue et des centaines se sont réunies lors du camp de Valognes.

En effet, le 15 octobre lors d'un appel national à manifester 20 000 s'étaient mobilisées dans les rues de Rennes, le reste était réparti dans d'autres villes (car des rassemblements ont eu lieu également à Dunkerque, Bordeaux, Toulouse, Le Bugey (Saint-Vulbas), Avignon et Strasbourg).

Quant au camp de Valognes, qui s'est tenu du 21 au 23 novembre, il avait pour but de bloquer le dernier transport de déchets nucléaires CASTOR (Cask for Storage and Transport Of Radioactive Material) qui partait de l’usine de retraitement de la Hague, pour Gorleben, en Allemagne. Initialement prévu du 22 au 24 novembre, le début du camp fut avancé d'un jour dès l'annonce soudaine de l'avance du départ du train le 23 au lieu du 24 : Areva et les nucléocrates ont-ils flippé devant l'initiative du collectif Valognes Stop Castor ? Il en est certain. Le train fut tout de même retardé de 2 heures grâce aux diverses actions menées autour et sur les rails.

 

Quelques mois plus tard, le premier anniversaire de Fukushima arrive déjà : c'est encore un an de trop, dans le sens où le nucléaire – cette énergie mortifère qui va de pair avec le capitalisme – est une gigantesque absurdité, une fausse solution face au réchauffement climatique (diminution soit-disant des gaz à effet de serre), bref une énième possibilité pour les cupides gouvernants et nucléocrates de tous bords, d'amasser les billets.

Malheureusement, on ne peut plus reculer, le Japon est horriblement irradié, le cauchemar est quotidien. La lutte contre l’atome continue et doit continuer en se montrant toujours radicale.

Étant donné que le nucléaire n'est évidemment pas une exception japonaise, la France – qui, faut-il le rappeler (?), est le pays le plus nucléarisé du monde par rapport au nombre d'habitants (19 centrales et 58 réacteurs) – connait une opposition contre l'ordre atomique qui semblerait prendre un élan plutôt vif, déterminé et intransigeant. Fukushima est une catastrophe de trop, dans un monde et une époque où le « trop » généralisé se voudrait – enfin ! – inacceptable. En témoigne les divers mouvements de protestations, de révoltes, d'occupations aux quatre coins du globe ces dernières années, et qui pourront constituer de nouveaux repères pour les révoltes des futures générations.

 

Caractérisés par une rupture avec la position de « sortie » progressive réclamée par le Réseau ''Sortir du Nucléaire'', Greenpeace, Europe Écologie Les Verts, et cetera ; puis – pour la majorité – par une critique radicale de la société façonnée par le nucléaire, c'est-à-dire une société centralisée, autoritaire et impérialiste, divers groupements antinucléaires se sont créés (dont certains à la suite d'une scission avec le Réseau).

Ils adoptent alors une position catégorique, immédiatiste– plutôt évidente dans un contexte de catastrophe, d’autant plus que le spectre fortement irradié de Tchernobyl hante encore quantités de vies et d’esprits – et se résumant assez bien dans l'expression : à danger immédiat, arrêt immédiat du nucléaire, civil et militaire.1

Parmis eux, on peut citer : le Collectif contre l'ordre atomique, le Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71), Valognes Stop Castor, le Comité anti-CASTOR de Tarnac, le Collectif Anti-Nucléaire de la Drôme (CAN 26), et cetera.

Ces organisations font suite ou viennent s'ajouter – non sans divergences – à de plus anciennes (quelques unes sont toujours actives) : l'Association Contre le Nucléaire et son Monde (ACNM), le Comité contre la société nucléaire, la Coordination Contre la Société Nucléaire (CCSN), le Collectif libertaire anti-nucléaire amiénois, Stop Nucléaire Lyon, le Collectif Radicalement Anti-Nucléaire (CRAN), le Groupe d'Actions Non-Violentes Antinucléaires (GANVA)... mais aussi, des organisations libertaires/anarchistes comme l'Organisation Communiste Libertaire (OCL), L'Offensive libertaire & sociale, la Fédération Anarchiste (FA), la CNT-AIT.

Dans ces récentes organisations, certaines sont parties d'une opposition locale axée autour d'une installation, d'une institution, ou d'un projet, à l'échelle d'un village ou d'une ville, d'un département voire même d'une région, en ayant toujours pour finalité un refus, une attaque dirigée contre la filière nucléaire toute entière.

 

Voici, dans l’opposition antinucléaire française après Fukushima, quelques luttes actuelles – certaines existant depuis des années – et à venir, qui à mon avis méritent une attention toute particulière.

Le collectif Valognes Stop Castor et la coordination interrégionale Stop-THT ont organisé des actions post-Valognes (dans la lignée de celles qui précédaient le camp et même Fukushima) : des pique-niques, des randonnées sous les pylônes, des actions de déboulonnages, des visites de chantier du Réseau de transport d’électricité (RTE), contre la ligne à Très Haute Tension (THT) du Cotentin–Maine. Cette dernière devant servir à acheminer l'énergie que produira le futur réacteur de Flamanville – si tant est que son chantier finisse un jour ! La construction de la ligne « a fait suite à la décision d’EDF de la mise en service de l’EPR [initialement European Pressurized Reactor, Réacteur Pressurisée Européen, devenu Evolutionary Power Reactor, Réacteur à Énergie Évolutionnaire]en 2014. RTE s’est alors engagé à construire une ligne électrique aérienne à 2 circuits 400 000 volt permettant d’insérer l’EPR dans le réseau électrique. »2

 

Contre les transports de déchets nucléaires CASTOR, le collectif Valognes Stop Castor, après avoir réussi son pari en novembre dernier, se tient informé et vigilant quant aux passages de nouveaux convois partant de la Hague, ou y arrivant : « Nous avons constaté avec Valognes qu’il existait une possibilité d’intervenir concrètement sur ce maillon de la filière. Nous avons même constaté que c’était une activité quotidienne peu protégée en période « normale » et qu’Areva n’avait pas si peur que ça de nous pour le moment, au point d’accueillir un train de matières radioactives dès le surlendemain de notre action..! Un harcèlement à cet endroit semble envisageable. Intervenir sur les flux de combustible en provenance du Niger ou du Canada (via Le Havre ou Sète, vers Narbonne) semble une autre étape à franchir avec l’intérêt de mettre en lumière cet autre scandale de cette industrie qu’est le mode colonial d’extraction du combustible.»3

 

Après leurs « voyages » en train, les déchets doivent bien continuer d’irradier quelque part ! Le lobby nucléaire, non fier d’avoir à gérer tant de matières radioactives destructrices, entreprend de les cacher : « Entre les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, à proximité du village de Bure, étrange ambiance. Depuis 1993, un site d’enfouissement de déchets nucléaires est en projet. Actuellement en cours de construction et baptisé Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), il pourrait à terme confiner pendant des milliers d’années 65 300 m3de déchets de moyenne activité et 7 910 m3de déchets de haute activité. »4

Bure Zone Libre (BZL) est le dernier né des collectifs BureStop qui regroupent l’ensemble des associations opposées à l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure. Il gère La Maison de Résistance (crée en janvier 2005) à la future poubelle nucléaire de Bure . « Pour contrer la propagande effrénée du labo, la construction d'une salle multi-activités attenante à la Maison a été décidée. Cette salle permettra d'accueillir et d'informer un public plus large que celui que nous recevons aujourd'hui, d'héberger des expositions permanentes et temporaires, d'accueillir les réunions des collectifs régionaux, nationaux et internationaux, etc. » Pour BZL, l'« objectif est également de poursuivre la rénovation de la Maison pour pouvoir continuer d'accueillir, hiver comme été et toujours en auto-gestion, une multitude de militants et d'activistes antinucléaires.
La Maison de Bure héberge tous les projets proposés du moment qu'ils s'opposent au nucléaire et/ou proposent des alternatives à cette énergie mortifère !
Dans notre région très peu peuplée, la Maison de résistance est un outil indispensable de la lutte contre le nucléaire !
»5

 

Ailleurs, les nucléocrates ont choisi une autre « destination » pour les déchets, ils seront entreposés. Une mobilisation s’est organisé : des habitants de Lignières (Cher) et ses environs ont créé le Collectif Berry Vigilance Radioactivité (CBVR) afin d'alerter et d'informer la population sur les conséquences environnementales et sanitaires du futur site d'entreposage de déchets radioactifs de Neuvy-Pailloux (Indre, 34 km de Lignières). « Ce Centre National a pour vocation de rassembler les déchets nucléaires d’une trentaine de sites français. […] Nous nous inquiétons sachant que le rapport d’enquête publique précise que « le tritium .H3, le krypton 85, le radon 222 et ses descendants émis dans l’environnement lors de l’ouverture des fûts ne sont pas filtrables ». Quelles seront les conséquences sur la filière agricole et sur notre santé ? Et a fortiori, quelles seront-elles en cas d’accident ou d‘acte malveillant ? »6Le CBVR a écrit une lettre aux maires et conseillers municipaux du cher, le 7 janvier 2012 ; il a informé la population lors d’une réunion public tenue à Lignières le 26 janvier ; puis s’est joint, le 18 février à Neuvy-Pailloux, à un appel à manifestation unitaire lancé par l’Association Contre le Stockage de Déchets Radioactifs dans l’Indre et le Collectif Citoyen pour les Alternatives au Nucléaire.

 

Toujours en matière de combustibles, mais non comme déchets, car pouvant être soit-disant « valorisés » (vous apprécierez ici la novlangue du lobby de l’atome), le Collectif Anti -Nucléaire de la Drôme (CAN 26) nous alerte dans son tract Brisons les chaînes du nucléaire: « L’enrichissement de l’uranium est à la base de toute l’industrie nucléaire civile et militaire. Avec l’usine d’enrichissement Georges Besse II qui devrait mettre prochainement en service une nouvelle cascade de centrifugeuse sur le site du Tricastin, Areva entend conforter sa position sur le marché de l’enrichissement, où le groupe détient 25% des capacités mondiales disponibles. Sur le même site, il est prévu aussi la construction de l’atelier REC II, nouveau centre de retraitement d’uranium ayant déjà servi. »

Pour Areva uraniumsemble rimer avec avenir, lisez plutôt : « Le développement de l'énergie nucléaire dans le monde va se traduire par une augmentation de la demande en uraniumqu'il faudra convertir. Pour répondre à ces besoins croissants, AREVA a fait le choix de renouveleret de moderniser son outil industriel de conversion en construisant le site de Comurhex II.

La conversion du minerai d'uranium en hexafluorure d'uranium (UF6) représente une étape clé avant l'enrichissement et fabrication du combustible nucléaire.

Comurhex II repose sur des procédés et de techniques qui ont fait leurs preuves, et sur des innovations technologiques qui permettront d'améliorer les performances de production, de renforcer la sûreté des installations et de réduire encore l'impact environnemental des activités.

La première production industrielle, sur une base de 15 000 tonnes annuelles, est prévue dès 2012. Elle sera par la suite étendue à 21 000 tonnes.

Avec COMURHEX II et la nouvelle usine d'enrichissement de l'uranium Georges Besse II, AREVA construit un pôle d'excellence "enrichissement conversion".»7 Vous voyez, ça fait rêver !

 

Il faudra être fort, résistant, tenace, pour empêcher que se déroulent, sous nos yeux, les activités de la filière nucléaire. Nous aurons besoin d’autres initiatives telle celle de Valognes pour les perturber, les freiner et montrer à ces assassins qu’ils ne seront pas maître du destin de la Terre et de nos vies.

Dans ce sens là, il me semble important qu’un maximum de groupements se créent pour informer les populations, insuffler une dynamique de lutte, et pouvoir coordonner ces forces afin de fragiliser – voire même stopper – la machine nucléaire autant que possible, sur le terrain.

 

C’est dans cet esprit là que le CAN 71 s’oppose au nucléaire et à son monde, en adoptant une position immédiatiste (comme développé en début d’article). « Le Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire s’est créé à la suite de la catastrophe de Fukushima. Après Otawa en 1952, Kychtim en 1957, Sellafield en 1957, Three-Mille-Island en 1979 et Tchernobyl en 1986, c’était une catastrophe de trop. Il nous est apparu impossible de rester là sans rien faire et de compter sur d’autres (État, partis politiques ou syndicats) pour envisager une éventuelle sortie progressive du nucléaire ou un quelconque moratoire.

Le monde du nucléaire est un monde où la démocratie n’a pas de place et où le mensonge est maître. C’est lui qui voudrait nous faire croire aujourd’hui que le nucléaire français est meilleur que celui des américains, des russes et des japonais réunis bien que ce soit une technologie très française, le mox, qui empoisonne les japonais pour des centaines de milliers d’années.»8

Nous avons commencé, un mois environ après Fukushima, par de multiples projection-débats dans plusieurs villes et villages de Saône-et-Loire, entrecoupées par diverses actions ponctuelles (publiques ou non, et incluant presque tous les 11 de chaque mois) jusqu’aux 11 septembre. Lors de cette dernière date, nous avons organisé une journée antinucléaire à Chalon-sur-Saône le matin (panneaux d’informations et tractage sur le marché, déploiements de banderoles, dépôt de plaque en hommage aux victimes de l'atome à Fukushima et ailleurs, fausse manchette du Journal de Saône-et-Loire devant les tabac presses et détournement d’une de ses Une). L'après midi s'est déroulée dans un bar à concert en campagne, où des projections et 3 concerts ont eu lieu. Encore quelques projection-débats ont été organisées fin 2011/début 2012 (dont une à Dijon en décembre avec 2 collectifs dijonnais présent à Valognes) ponctuées par la manifestation du 15 octobre où nous sommes allés, au Bugey (Saint-Vulbas) ; et par le camp de Valognes où quelques uns d’entre nous se sont rendu. Le CAN 71 continuera ses actions « ici, en Bourgogne, [où]nous construisons le monde de demain [comme]dirait AREVA qui commande le Pôle Nucléaire Bourguignon et prépare la construction de nouvelles centrales dans le monde. »9 ; et lors d’événements auxquels il lui paraîtra judicieux d’être présent.

 

 

Un individu

du Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire, mars 2012.

 

Notes :

 

1. Comme souvent dans l'industrie, le « progrès » (comme l'appellent les scientifiques et techniciens) est d’abord utilisé/testé à des fins militaires, pour ensuite s'étendre au domaine civil. Mais « un pays qui se dote d’une industrie nucléaire tend à devenir un état policier car il ne vous laissera jamais voir ce qui se passe dans ses centrales.» (phrase tiré d'un documentaire de la Télévision Suisse Romande, dans l'émission Mise au point du 26 février 2012 et visible ici : http://fukushima.over-blog.fr/article-fukushima-un-an-apres-un-reportage-exceptionnel-de-la-television-suisse-romande-100280618.html)

2. http://www.cotentin-maine.com/projet.htm

3. https://valognesstopcastor.noblogs.org/882

4. http://burestop.free.fr/spip/spip.php?article438

5. http://burezoneblog.overblog.com/pages/DEVENEZ_RESIDENT_DE_LA_MAISON_DE_BU RE_-3855609.html

6. http://cbvr.over-blog.com/article-information-du-collectif-berry-vigilance-radioactivite-cbvr-96547447.html

7. http://www.areva.com/FR/activites-806/comurhex-ii-renouvellement-de-l-outil-industriel-de-conversion.html (les mots en gras sont d’eux)

8. http://collectifantinucleaire71.over-blog.com/

9. ibidem

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