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  • : Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71)
  • Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71)
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Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 14:51

 

Lorsque l'on évoque le nucléaire, on pense immédiatement à la radioactivité et aux irradiations. C'est le problème de base du nucléaire si l'on considère uniquement ses propriétés physiques – je ne développerai pas ici les caractéristiques de la société qu'engendre et façonne son utilisation, en tant qu'arme et énergie. Je m'intéresserai à la radioactivité dans le domaine du nucléaire civil, particulièrement dans les centrales nucléaires, car c'est dans ces bombes à retardement que sont les réacteurs, que la fission nucléaire entraînant la réaction en chaîne, émet de très dangereuses irradiations.

 

Évidemment, il faut de la main-d'œuvre dans les centrales. Ce sont les fameux travailleurs [2]du nucléaire, et eux, ils en bouffent de la radioactivité. Mais, afin d'éviter les catastrophes – l'histoire montre qu'il n'y arrivent pas toujours ! – il faut bien que la « sûreté » des centrales soit assurée. C'est donc les travailleurs œuvrant à la maintenance – souvent embauchés par des sous-traitants – qui s'y collent. On les appelle « la viande à rem » (le rem était une ancienne unité de mesure de la radioactivité), et « nul n'ignore qu'il prend de la dose tous les jours. Nul n'ignore qu'une centrale ne peut pas tourner autrement qu'en irradiant et contaminant la main-d'œuvre chargée de la maintenance. » [3]

 

Malgré cela, les travailleurs du nucléaire veulent bosser pour gagner du fric – cela va de soi (!) –, et vivre leur vie d'homme une fois qu'ils ont quitté le boulot. C'est la que ça se complique, car « on ne dira jamais assez aux travailleurs exploités qu'il s'agit de leurs vies irremplaçables où tout pourrait être fait ; qu'il s'agit de leurs plus belles années qui passent, sans aucune joie valable, sans même avoir pris les armes. » [4] Ce qui les différencie des autres travailleurs qui se tuent au travail, toutes filières confondues, c'est qu'ils se tuent encore plus vite du fait de la radioactivité qu'ils se prennent dans la gueule. De surcroit et péniblement, ils sont « en charge de leur propre ''suivi radiologique'' : ils inscrivent eux-mêmes leur dose sur des fiches de contrôle. Par conséquent, ils ont aussi intérêt à minimiser la dose reçue puisqu'ils savent qu'ils ne doivent pas dépasser les doses officielles, sous peine d'être ''interdit de centrale'' et de ne plus pouvoir travailler avant un moment. Ils sont donc responsables de gagner leur vie comme de la perdre. » [5]La citation suivante d'Henry David Thoreau prend alors tout son sens : « Il n'est pas d'individu plus fatalement malavisé que celui qui consume la plus grande partie de sa vie à la gagner. » [6]

 

Et puisque le sort a voulu s'acharner sur cette main-d'œuvre plutôt masochiste, le risque – et même sa responsabilité, selon les nucléocrates – d'une catastrophe vient s'ajouter au fardeau qu'ils ont sur le dos.

En effet, suite à la catastrophe de Three Mile Island en 1979, « l'ingénierie nucléaire dut se rendre à une douloureuse évidence. Un, les machines ne fonctionnent pas toujours. Deux, on ne peut pas automatiser tout à fait le travail des hommes. Et elle nomma ''facteur humain'' cette tâche d'encre sur son beau dessin. » [7]


Plus de 30 ans après et deux catastrophes de plus – Tchernobyl le 26 avril 1986 et Fukushima le 11 mars 2011 –, Jacques Repussard, le directeur de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), déclare dans son intervention à l'Assemblée nationale, le 5 mai 2011, que les travailleurs doivent maintenant savoir « corriger rapidement un dysfonctionnement » et « prendre les bonnes décisions. » [8]À noter qu'il est compréhensible que les nucléocrates préfèrent des héros qui évitent une catastrophe que des héros qui la « liquident » (ce dernier terme est une de leurs inventions leur permettant de mentir sur les conséquences d'une catastrophe).

 

Si on résume le topo, on s'aperçoit que les travailleurs du nucléaire en plus d'être esclaves du salariat, puis de se faire pourrir l'intérieur par la radioactivité, on peut dire qu'ils ont entre leurs mains l'avenir, non seulement d'eux-mêmes, mais également d'un nombre colossale d'individu-e-s, ainsi que de toutes formes de vie sur Terre.

Aussi rappelons que « le nucléaire est partout. Dans chaque fissure des centrales, dans chaque émanation des décharges, dans ce que l'on boit, mange et respire après chaque catastrophe. Il est comme chez lui dans une société où chaque petit besoin préfabriqué trouve naturellement satisfaction dans la servitude toute électrique que l'on prétend imposer au monde entier. Ce que le nucléaire apporte de nouveau c'est un monde totalitairement planifié où seule une vie précaire et dépourvue de sens reste possible. » [9]

 

Si tant est qu'ils puissent devenir, comme on l'a vu, les nouveaux « héros » en évitant la prochaine catastrophe qu'AREVA prépare à coup sûr en France, travailler dans la filière nucléaire a-t-il un sens ?

Au vu des chiffres qui suivent, on dirait fort tristement que oui : « il y a entre 25 000 et 35 000 [travailleurs] en France qui font la maintenance des centrales nucléaires : des ''contrôleurs'' [...], mais aussi des robinetiers, des décalorifugeurs, des mécaniciens,des électriciens, etc. Ils travaillent surtout dans les zones les plus radioactives de la centrale, c'est-à-dire les réacteurs et les circuits de refroidissement. »[10]

On peut dès lors se demander s'ils se rendent vraiment compte du contexte – et de ses conséquences – dans lequel ils travaillent ?

 

Étant donné que la « sûreté » des centrales rime avec toujours plus de paperasse, fruit de nombreuses procédures faisant suite à de tout aussi nombreux « retours d'expérience » des « incidents ». En somme, les travailleurs doivent faire face à un tsunami de bureaucratie ; et fatalement, la réalité qui domine est que « ces procédures, même appliquées à la lettre ne contribuent en rien à rendre les centrales plus sûres, ni à éviter aux travailleurs les radiations mortelles auxquelles ils s'exposent tous les jours. [...] Ils arrivent en tête de liste des morts discrètes de la société nucléaire. [...] L'omniprésente idée de la mort est gommée par l'omniprésente bureaucratie. » [11]

 

À propos des incidences sanitaires dûs à la très forte radioactivité dans les centrales, un ex-travailleur du nucléaire se présentant, après 10 ans de centrale, comme « irradié, contaminé, licencié », nous explique : « Tout le monde est complètement inconscient, séparé, n'ayant aucunlien entre sa chair humaine et ces atomes qui vont la percuter, la traverser. L'irradiation et les conséquences sur la santé, mais alors là, personne n'en a rien à foutre, tout le monde s'en bat la race. »

Même lorsqu'un robot est fabriqué comme par exemple pour une opération de contrôles, où, « il a été conçu pour remplacer l'homme à cet endroit, sous le couvercle de la cuve, trop irradiant et contaminant pour que des hommes puissent y séjourner dans des limites de doses acceptables », quand « il marchait mal, les hommes allaient faire le boulot à sa place. »car étant chargés de la maintenance du robot, de la collecte des informations qu'il recueillait, si ce dernier ne servait plus, alors les travailleurs se seraient retrouvés « sans boulot, sans pognon. » [12]

C'est bien la preuve que le nucléaire est indissociable du capitalisme et qu'ils sont donc tout deux à détruire !

 

L'arrêt immédiat du nucléaire est de toute évidence la seule réalité acceptable qui puisse s'imposer. Une importante force d'opposition radicale reste à construire. Aussi, l'ex-travailleur cité précédemment affirme ne jamais avoir « entendu autant d'arguments antinucléaires que dans les vestiaires des centrales nucléaires, par les travailleurs eux-mêmes. Les travailleurs eux-mêmes sont les mieux renseignés, simplement pour savoir comment ça déconne là-dedans. » Ils sont malgré tout considérés comme « des déchets. » [13]

Ajoutant cela aux conditions de travail dans les centrales, rapportées dans ce texte, j'exhorte les travailleurs du nucléaire à démissionner massivement et à rejoindre la lutte. Ils se réapproprieront ainsi leur vie – ce qui pourrait donner envie à la population d'en faire autant – et créeront une forte déstabilisation de la filière nucléaire que nous aurons « plus qu'à » achever, en se donnant les moyens d'une énergie collective déterminée à en finir avec le nucléaire et son monde.

 

Parce que « le travail est la source de toute misère, ou presque, dans ce monde. Tous les maux qui se peuvent nommer proviennent de ce que l'on travaille – ou de ce que l'on vit dans un monde voué au travail. » [14]

Parce que ce monde, aux oligarchies belliqueuses, car avides de pouvoir et d'argent, donc impérialistes, ont développé cette filière mortifère qu'est le nucléaire.

Parce que, c'est à vous, les travailleurs du nucléaire, qu'il incombe – en plus de subir l'essence tyrannique du salariat – de faire en sorte que les centrales fonctionnent, en affrontant de létales irradiations, et le risque de catastrophe que les nucléocrates vous imputent.

 

Travailleurs du nucléaire de tous les pays, arrêtez vous ! [15]

 

« La liberté est synonyme de puissance, non pas le pouvoir de diriger les autres, mais la capacité de maitriser les évènements de sa propre vie. » [16]

____________________

 

1 Derrière la phrase mythique – à laquelle je me réfère pour ce titre – qui clôture le Manifeste du Parti communiste, il y a l'idée de la dictature du prolétariat qui conduirait à l'abolition de l'État. Derrière ma phrase, il y a l'idée d'une démission du prolétariat, dans la filière nucléaire, qui permettrait l'abolition de cette dernière !

2 Le mot « travailleur(s) » sera au masculin tout au long de ce texte, mais il doit certainement y avoir des femmes qui travaillent dans les centrales ; elles sont donc concernées également.

3 Oublier Fukushima de Arkadi Filine, aux éditions du Bout de la Ville, publié entre le 11 mars (Fukushima) et le 26 avril (Tchernobyl) 2012.

4 Collectif, ''le minimum de la vie'', Potlatch n°4, le 13 juillet 1954, dans Potlatch (1954-1957), éd. Folio.

5 Arkadi Filine, op. cit.

6Citée dans Travailler, moi ? Jamais ! de Bob Black, aux éditions l'Insomniaque.

7 Arkadi Filine, op. cit.

8 Ibid.

9 Tirée d'une affiche datant du 4 août 1992, reproduite dans la brochure Du mensonge radioactif et de ses préposés, Association Contre le Nucléaire et son Monde, nouvelle édition augmentée par Quelques ennemis du meilleur des mondes, mars 2004.

10Arkadi Filine, op. cit.

 11Ibid.

12 Citations des 3 paragraphes : Ibid

13 Ibid.

14 Bob Black, op. cit.

15 Si néanmoins, une fois l'arrêt immédiat effectif, la passion du nucléaire vous appelle à nouveau, vous pourrez postuler dans l'industrie du démantèlement !

16 Théodore J. Kaczynski, ''La société industrielle et son avenir'', dans L'effondrement du système technologique - Unabomber l'œuvre complète, aux éditions Xenia, 2008.

 

 

Un individu

du Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71), juin 2012.

 

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