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  • : Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71)
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Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 16:13

 

  « Maintenant que vous avez bien vu le tourbillon, me dit le vieil homme, si vous voulez que nous nous glissions derrière cette roche, sous le vent, de manière qu’elle amortisse le vacarme de l’eau, je vous conterai une histoire qui vous convaincra que je dois en savoir quelque chose, du Moskoe-Strom ! »

extrait de la nouvelle Descente dans le maelstrom d'Edgard Allan Poe


Le 4 novembre 2010, l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire), parfois appelée « le gendarme du nucléaire » dans les médias, avait autorisé EDF, dans son avis 2010-AV-0100, à exploiter le réacteur n° 1 de la centrale nucléaire du Tricastin (nommé Eurodif puis George-Besse depuis 1988) pour 10 années supplémentaires. Ce réacteur, mis en service en 1980, déjà vieux de 30 ans, va donc pouvoir fonctionner jusqu'à 40 ans au moins. Les tranches 900 MW de la centrale d'Eurodif font partie des plus anciennes de France. Elles sont donc les premières pour lesquelles EDF demande une « prolongation » de leur durée de vie. Ces réacteurs étaient prévus à l'origine pour fonctionner 25 à 30 ans, mais aucune date limite d'utilisation n'avait été vraiment fixée. De fait, tous les 10 ans, les réacteurs français sont auscultés pour savoir si on les autorise à repartir pour 10 années supplémentaires, moyennant quelques travaux de « remise à neuf ».

 

Évidemment la réponse est presque toujours positive, et de là à penser que cette évaluation par l'ASN est de pure forme… non sans tortiller. Par exemple, l'ASN dans son rapport annuel sur l'état de sûreté nucléaire et de radioprotection en 2011 dans la région Rhône-Alpes et Auvergne daté du 4 juillet 2012 rappelle « avoir rendu son avis sur l’aptitude du réacteur n° 1 (…) à être exploité pour une durée supplémentaire de 10 ans après 30 ans de fonctionnement »en ajoutant au paragraphe suivant qu’elle « impose », avec la fougueuse détermination du gendarme débonnaire, « à EDF d’améliorer la protection de la centrale nucléaire du Tricastin vis-à-vis du risque d’inondation avant le 31 décembre 2014 ». C’est dire qu’entre le 4 novembre 2011 et le 31 décembre 2014, l’ASN assume explicitement les risques, au moins ceux d’une inondation. L’ASN suppose ce risque négligeable selon un raisonnement statistique, puisqu’elle avait précisé sa préconisation, dans sa décision du 27 mai 2011 : majorer de 15 % le débit de la crue millénale du Rhône. Et voilà le citoyen comptable rassuré : 15 % plus haut de l’altitude atteinte en moyenne tous les 1 000 ans, cela paraît rassurant, en chiffres. EDF sait dresser les fleuves.

 

Cette continuation dans l’acception du risque avait été repérée dans le livre d'Arnaud Michon : « L'ASN pouvait-on lire dans le journal le Monde, en 2008 : "en lien avec des services et agences de l'État, les opérateurs nucléaires et certains acteurs associatifs"se placent "désormais dans la perspective ou [l'accident] surviendrait bel et bien". »2Tout se présente d'ailleurs sous les heureux auspices du malheur puisqu'une « masse d'interrogations » aurait d'ores et déjà émergé des « groupes de travail spécialisés chargés d'imaginer cette perspective »3, comme s’en prévaut le CEPN, organisme collégial assemblant EDF, l’IRSN, Areva et le CEA.Fort de cette masse d’interrogations, le pas de la minimisation des risques est vite franchi… surtout quand on sait que EDF a déjà prévu de faire durer ses réacteurs jusqu'à 50 ou 60 ans !

 

Le réacteur n° 1 du Tricastin ne risque pas seulement l’inondation. Il est l’un des plus vétustes du parc national. Sa cuve en acier (celle qui contient le cœur produisant la chaleur) est en effet très fragilisée, bien plus que prévu à l'origine. Elle ne comporte pas moins de 25 fissures horizontales, dénommées « défaut sous revêtement » dans leur jargon. À titre de comparaison, le plus vieux réacteur de France, à Fessenheim, le deuxième au classement des fissures, n'en comporte « que » 5... Par ailleurs, l'évolution de l'acier de la cuve soumis aux rayonnements intenses l'a rendu plus cassant, et pour cette raison, par exemple, la température de la cuve ne doit pas descendre en dessous de 80°C. On imagine aisément la pénibilité du travail pour les trimardeurs qui vont ressouder un tuyau à côté d'une cuve d'eau presque bouillante. Il est d'autant plus stupide de prolonger un réacteur en aussi mauvais état que, d'ici 2013, deux réacteurs sur les quatre que compte la centrale Eurodif seront inutiles. Si l'usine d'enrichissement d'uranium Georges-Besse I avait besoin de l'électricité émise par trois réacteurs, Georges-Besse II ne consommera même pas la production d'un seul réacteur. Pourtant le réacteur n° 1 a été démarré à nouveau.

 

Le silence4du Réseau sortir du nucléaire 26 -07 et des diverses associations citoyennes sur le réacteur n° 1, tempéré à la jésuitique mode stalinienne de la falsification volontaire par un effet de manche relatant, sur son site Internet au 7 août, une autre conférence de presse que celle qu’ils firent réellement, comme ceux concernant George-Besse II ou l’usage du trifluorure de chlore est un exemple de leur collaboration avec des institutions étatiques.

 

« À l’époque des peurs catastrophistes, ce mensonge fond les mots de la critique des nuisances dans les chiffres économiques : les comptes se règlent en sievert par seconde selon les échéances morbides mais statistiquement certifiées d’un mode de production de déchets et de maladies qui s’évaluent en demi-vies. »5

 

Pourquoi un tel acharnement à utiliser des réacteurs en fin de parcours ? Ce n'est pas que pour la gloire de l'énergie nucléaire : l'aspect financier est aussi très présent. Un nouveau réacteur, un EPR par exemple, coûte au bas mot 4 milliards d'euros. Or la remise à neuf (en changeant certains composants, et en effectuant des améliorations, etc.) d'un vieux réacteur pour le faire durer 10 ou 20 ans de plus ne coûte « que » 400 millions d'euros. EDF réalise donc une économie énorme en prolongeant la durée de vie de ses réacteurs.

 

Comme le disait en 2009 aux Échos un certain Patrice Lambert de Diesbach, analyste chez CM-CIC : « l'électricien [EDF] peut augmenter de 30 % le retour sur investissement de son parc en augmentant la durée d'utilisation ». On espère pour lui que le sieur Patrice possède un point de chute en Australie pour le moment où le retour sur investissement fera péter une cuve de réacteur ...

 

Encore une fois, mais là de façon particulièrement criante, les prétendus impératifs économiques passent avant les risques graves qui concernent au minimum une région entière. Et ce n'est que le début. La visite décennale du réacteur n° 2 de Tricastin qui débutait en janvier 2012 s’achèvera début 2013, d'après l'ASN, pour voir si lui aussi pourra fonctionner 40 ans. Les nucléocrates d'EDF peuvent dormir tranquilles : maintenant que leur réacteur le plus pourri a été validé, les autres suivront sûrement !

 

La routine du désastre est déjà présente à travers la multiplication quotidienne de ce que l'ASN qualifie par euphémisme d’« incidents ». Les nucléocrates et les cogestionnaires distinguent les rejets des centrales des effluents : « Si la pollution principale due aux centrales est de nature radioactive, elle ne doit pourtant pas occulter les pollutions thermiques (perturbations vitales des cours d'eau par les rejets d'eau chaude) et chimiques (rejets de sulfate dans les cours d'eau suite à l'utilisation d'acide sulfurique dans les circuits, par exemple) »6.Ces rejets, l'ASN les contrôle aussi scrupuleusement que le reste, et au côté de son gendarme, l’État tient le rôle de pompier pyromane. Il a mis en place ce merdier et joue maintenant le protecteur, le seul à pouvoir assurer la sécurité des populations est le même qui les terrifie. L'État japonais a convaincu la population de vivre une demi-vie en zone contaminée. En septembre 2012 à Tokyo, les clients de supermarchés achètent les légumes avec un compteur Geiger (pour vérifier le taux de radioactivité).

 

  • Apprenons à déjouer leur jargon, à échanger entre nous des informations

 

  • L'importance de la discussion réside dans le fait qu'il faut envisager la réalité du rapport de force

dans la lutte contre le nucléaire

 

  • Nous ne sommes pas des cobayes résignés du désastre en cours. Dans la lutte antinucléaire, il ne s'agit pas de choisir le moindre mal (centrale à Gaz) ni l'illusion renouvelable (éolien, solaire, biomasse à bois7) mais de nous attaquer à l'ensemble de cette société capitaliste industrielle et de classe qui le justifie

NON AUX MILITAIRES NON AU NUCLÉAIRE !!!

 

quelques membres de la coordination contre la société nucléaire : collectif libertaire amiénois antinucléaire

CNT-AIT c/o CTC, 151 rue Dejean, 80060 Amiens Cedex 9
Collectif Libertaire Anti Nucléaire c/o le laboratoire anarchiste 8 place Saint-Jean 26000, Valence

 

Notes :

1 Le site du Tricastin est un modèle de mutation industrielle, son passé perdure puisqu’on assure y démanteler George-Besse I, mais pas ses réacteurs, en tout cas le n° 1, pour le n° 2, la décision est prévue pour mai 2013. Son avenir s’appelle Comurhex II (le suffixe « hex » renvoyant à la fonction de conversion du minerai d’uranium en hexafluore d’uranium) il s’agit d’une plateforme industrielle installé sur le site du Tricastin regroupant plusieurs usines chimiques, nucléaires. usine biomasse à bois, une pisciculture... Juridiquement, Comurhex est une filiale d’Areva, techniquement, il s’agit de « son outil industriel de conversion » [http://www.areva.com/FR/activites-806/comurhex-ii-renouvellement-de-l-outil-industriel-de-conversion.html], ce qui est pudiquement nommé « conversion » est en fait procédé d’enrichissement de l’uranium, assurement plus mieux que l’ancien.

2 Le Sens du vent p. 28 éd. Encyclopédie des nuisances, mai 2010.

3 Le CEPN, Centre d'étude sur l'évaluation de la protection dans le domaine nucléaire.

 

4 Mardi 7 août lors de la conférence de presse le RSDN 26-07 à Tricastin a fait le silence complet sur le rôle de l'ASN. En effet cette organisation étatique est favorable à une prolongation de 10 ans, pour la durée de vie du réacteur N°1 du tricastin.( voir compte rendu du D.L. du 8 août)

5 Extrait du tract Que reste-il du Réseau sortir du nucléaire ? ACNM, le 15 septembre 2012/09/ 2012

 

6 Le document électronucléaire : Danger, publié en 1977 par le Gsien (groupent de scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire) est précieux pour comprendre ces pollutions méconnues.

7 Le groupe Coriance gère une centrale de cogénération biomasse à bois et 4 chaudières à gaz dans Comurhex II.

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